Je suis né ici. Saint-Augustin-de-Desmaures. J’y ai grandi entre le fleuve et la 40, j’y ai appris à conduire sur le boulevard Henri-Bourassa, j’y ai embrassé des filles au parc de la Plage-Jacques-Cartier. C’est chez nous. Pis c’est aussi, contre toute attente, un point de départ parfait pour explorer des trucs… disons, moins conventionnels. Parce que oui, on peut habiter une ville de banlieue tranquille, croiser ses voisins au IGA, et le soir venu, se demander où diable trouver quelqu’un pour attacher ça, pour se faire attacher, pour explorer ce bout de soi qui ne rentre pas dans le moule “souper-famille-dodo”.
Je passe ma vie à écrire sur le vin, sur le dating, sur ce croisement étrange et magnifique entre les deux pour le projet WineirelandDating. Mais avant ça? J’ai passé des années à étudier le désordre humain. La sexualité. L’intimité. Ce besoin qu’on a de se connecter, même (surtout) quand c’est compliqué. Alors quand quelqu’un me demande, autour d’une bière au coin du feu, comment concilier la vie à Saint-Augustin avec des pratiques BDSM, je réponds pas tout de suite. J’écoute. Et voilà ce que j’ai compris.
C’est quoi, le BDSM, pour vrai? Pas celui des films, mais celui qui se vit ici?

Le BDSM, c’est un acronyme qui recouvre Bondage et Discipline, Domination et Soumission, Sadisme et Masochisme. Mais surtout, c’est un immense terrain de jeu pour adultes consentants qui cherchent à explorer le pouvoir, la confiance, les sensations et l’intimité, souvent (mais pas toujours) dans un cadre sexuel. Faut oublier tout de suite l’image d’Épinal du donjon glauque. Ici, à Québec, des chercheurs de l’Université Laval ont même démontré que l’intégration à une communauté BDSM a un effet positif sur la santé sexuelle et le bien-être des gens [citation:7].
Le BDSM, c’est un dialogue. C’est des cordes, du cuir, du latex, des jeux de rôle, mais c’est d’abord et avant tout une affaire de communication. C’est pas juste “fourrer”, comme dirait l’autre sur SexeQuebec.ca [citation:9]. C’est explorer. Pis honnêtement, pour quelqu’un qui vit à Saint-Augustin, entre les champs et les zones commerciales, ce contraste-là peut être… électrisant. C’est un espace où on est vu pour ce qu’on est vraiment, pas pour notre job ou notre adresse. Une pause. Un ailleurs.
Et c’est là que ça devient intéressant pour nous autres. Parce que si le BDSM est un dialogue, faut ben trouver quelqu’un avec qui jaser, non?
Où trouver une communauté BDSM quand on part de Saint-Augustin?

À 20 minutes de char, Québec city. C’est là que tout se passe. Pas de club secret à Saint-Augustin même, mais la porte d’à côté est grande ouverte. Le Laboratoire Communautaire Alternatif (LAB), par exemple, est un OBNL situé dans la capitale qui est littéralement un centre pour les gens ayant un mode de vie relationnel, sexuel ou sensuel différent, incluant les communautés BDSM, LGBTQIA2S+ et polyamoureuse [citation:4]. C’est pas juste un local poussiéreux. On parle de 15 points d’ancrage pour la suspension, des stations de jeux, une bibliothèque, une cuisine [citation:4]. Ces gens-là ont une mission: promouvoir une perception positive des communautés alternatives et encourager une sexualité saine et sécuritaire basée sur le consentement éclairé (RICÉ) [citation:6].
Imagine. Tu quittes Saint-Augustin, tu passes devant les galeries de la Capitale, et vingt minutes plus tard, t’es dans un espace conçu pour que tu puisses explorer la corde, assister à un atelier sur le cuir, ou simplement jaser avec d’autres “nerds du sexe” [citation:10]. Y’a aussi des regroupements comme Kinkster Land, qui est plus un réseau, une communauté de passionnés expérimentés à travers le Québec, une ressource pour apprendre à avoir du plaisir sécuritairement [citation:1][citation:2]. C’est pas juste pour Montréal, ça existe pour nous aussi.
Pis y’a des livres. Ouais, je sais, ça fait scolaire. Mais va faire un tour sur le catalogue de la bibliothèque de Saint-Augustin (Alain-Grandbois). Y’a des ouvrages comme “BDSM : Les règles du jeu” qui décrivent l’univers sans idées préconçues [citation:3]. Ça peut être une façon tranquille de débuter, de se renseigner, avant même de rencontrer qui que ce soit. C’est correct d’être curieux sans savoir par où commencer. Vraiment.
Attends, des gens “normaux” font ça? Y’a du monde de mon âge?
Oui. Et c’est même tout l’intérêt. Une journaliste de QUB est allée à une soirée “speed dating bondage” à Québec, organisée par les Rendez-vous cordiaux. Elle parle de gens de tous les âges, de toutes les identités de genre, de toutes les orientations sexuelles et de tous les types de corps [citation:8]. Des gens qui cherchent une connexion émotionnelle, d’autres qui veulent essayer la suspension, un monsieur qui est dans le milieu depuis 17 ans, une personne qui vient pour soulager sa fibromyalgie grâce aux sensations de la corde [citation:8]. C’est ça, la réalité.
C’est pas un club select pour jeunes adultes hyper stylés. C’est un rassemblement d’humains. Des célibataires, des gens en couple polyamoureux, en relation ouverte, ou juste des amis. Dans ces espaces-là, personne te demande c’que tu fais dans vie. On se définit par nos envies, pas par notre job. C’est désarmant de simplicité. Pis c’est proche. Tellement proche.
Comment on fait pour trouver un·e partenaire pour explorer ça? Les applis, ça marche?

Pour du dating plus explicitement coquin ou pour trouver des plans cul dans le coin, des plateformes comme SexeQuebec.ca existent. C’est le “Tinder des trippeux de plaisir sans flafla”, un site 100% québécois où les gens sont directs sur leurs intentions, que ce soit pour de l’échangisme, du fétichisme ou du BDSM soft [citation:9]. L’avantage? C’est clair. Tu perds pas ton temps à faire semblant de vouloir prendre un café. Le désavantage? Faut naviguer avec une certaine… prudence. Et accepter que l’interface soit pas toujours super slick [citation:9].
Mais honnêtement, pour du BDSM, les applics “vanilles” classiques, c’est souvent l’enfer. T’expliques pas sur Tinder que tu cherches quelqu’un pour t’initier au shibari sans passer pour un weirdo. Les communautés, les événements, c’est mille fois mieux. Mais si t’es pressé, que tu veux checker ce qui se passe dans un rayon de 50km, ces sites-là peuvent être un point d’entrée. Un conseil de pro, par contre, qui vient de quelqu’un qui a vu pas mal de profils pourris: soigne ta présentation. Une photo claire (pas besoin d’être mannequin, juste correcte), une description honnête de ce que tu cherches. “J’aimerais explorer la dynamique D/s en douceur”, c’est mieux que “viens fourrer”. Le respect, ça attire [citation:9].
Le shibari, c’est quoi ce trip avec les cordes?

Ah, le shibari (ou kinbaku). C’est l’art japonais du ligotage érotique. Mais c’est tellement plus que ça. C’est une méditation à deux, une façon de communiquer sans mots, où chaque tension de corde est une phrase. Dans la région, les Rendez-vous cordiaux organisent des activités éducatives pour l’apprendre, et leur popularité est en explosion [citation:8]. Lors de leurs soirées speed dating, le concept est simple: les “bottoms” (ceux qui veulent être attachés) sont assis, les “tops” (ceux qui attachent) passent deux minutes avec chacun. Pas de cordes ce soir-là, juste faire connaissance. Pis à la fin, tu reçois une enveloppe avec les coordonnées de ceux qui ont aimé ton profil [citation:8].
Ce que j’ai trouvé le plus frappant en lisant le témoignage de Léa, la journaliste? La question qu’on lui pose: “Qu’est-ce que tu viens chercher dans la corde?” [citation:8]. Pas “tu fais quoi dans la vie”, pas “t’es tu bonne au lit”. Mais “qu’est-ce que tu cherches?” C’est d’une intimité rare. La corde crée des relations très intenses, mais pas toujours sexuelles. Certains y viennent pour l’esthétique, d’autres pour le jeu de pouvoir, d’autres pour la connexion pure [citation:8]. Pis y’a même du monde qui se fait suspendre pour soulager des douleurs chroniques. Le corps est complexe. Nos désirs aussi.
OK, mais si j’ai jamais rien fait, je fais comment pour pas avoir l’air épais?
Tu te présentes comme un débutant. Point. Personne ne t’en voudra. Aux Rendez-vous cordiaux, les gens mettent une étiquette avec leur nom et une lettre: “B” pour bottom, “T” pour top. Si t’es pas certain, tu choisis bottom, comme Léa, qui ne voulait pas “prendre le risque de décevoir quelqu’un” en attachant mal [citation:8]. Personne ne t’attend à un niveau de performance. Au contraire. Le milieu est tellement axé sur la sécurité et le consentement que les débutants sont souvent accueillis à bras ouverts. On leur apprend. On les guide. C’est pas une compétition. C’est un apprentissage.
La meilleure chose à faire, avant même de chercher un partenaire, c’est de s’informer. Va à un “munch” (une rencontre sociale dans un restaurant, sans aucune pratique, juste pour jaser). Participe à un atelier au LAB. Lis un livre. Regarde des vidéos éducatives (pas du porno, là, je parle de vrai contenu éducatif). Le but, c’est d’arriver avec un minimum de vocabulaire et d’idées sur ce qui t’allume. “J’aimerais explorer la sensation de la soie sur la peau” ou “je suis curieux·se de la privation sensorielle”. C’est correct de pas tout savoir. C’est même mieux.
Pourquoi la notion de “communauté” est si importante ici, à Québec?
Parce qu’elle te protège. Littéralement. Les recherches préliminaires sur les adeptes BDSM de la Ville de Québec montrent que la communauté agit comme un facteur de protection. Elle permet aux membres de s’informer, de socialiser et de pratiquer dans un milieu adapté, luttant ainsi contre la marginalisation et la stigmatisation [citation:7]. C’est un rempart. Un endroit où tu n’as pas à te justifier d’exister.
Quand tu vis à Saint-Augustin, un patelin où tout le monde se connaît un peu, où ton voisin peut être le père d’un ami d’enfance, avoir un espace où tu es “juste” quelqu’un qui aime la corde, c’est précieux. Le LAB, par exemple, est un environnement sans jugement, sans alcool, sans drogue [citation:4]. C’est pensé pour que tu sois toi-même, en sécurité. Cette culture du consentement, cette responsabilité individuelle, ça s’apprend, pis ça déteint sur le reste de ta vie. C’est une école de l’écoute. Vraiment.
Et ça dépasse la simple pratique sexuelle. Des salons de discussion, comme le SapphKink Salon à Vancouver, montrent que les gens ont faim d’espaces pour discuter du kink, pas juste pour le pratiquer [citation:10]. C’est une autre façon d’être dans la communauté, sans se mettre en spectacle, en toute simplicité. On n’a pas ça ici? Peut-être qu’on devrait. Ou peut-être que ça existe déjà, de façon plus informelle. Faut juste oser demander.
Quelles sont les règles de base pour que ça se passe bien?

Le RICÉ. R – Consentement éclairé. I – Individuel. C – Ça veut dire quoi? Ça veut dire que tout se base sur un consentement donné librement, éclairé (tu sais à quoi tu t’engages), et que ça peut être retiré à tout moment [citation:6]. C’est le fondement de tout. Pas de surprise. Pas de “j’pensais que t’aimerais ça”. On discute avant, pendant, après. C’est plate à dire, mais le BDSM, c’est 90% de communication et 10% de pratique. C’est l’inverse du stéréotype.
Ensuite, la sécurité. Si tu joues avec des cordes, faut savoir où sont les nerfs. Si tu joues avec le feu (littéralement, avec des bougies), faut savoir quelle cire utiliser. C’est pour ça que les ateliers, les communautés, c’est pas du luxe. Apprendre avec du monde d’expérience, c’est la seule façon de le faire sans se blesser. Les gars de Kinkster Land insistent là-dessus: apprendre facilement pour avoir du plaisir sécuritairement [citation:1].
Pis le “aftercare”. C’est le moment après la pratique, où on prend soin l’un de l’autre. On se couvre, on se prend dans nos bras, on boit un chocolat chaud. Parce que les jeux de pouvoir, la douleur, l’abandon, ça peut remuer des affaires. Le retour au réel, il se fait pas tout seul. Il se fait à deux. Et c’est souvent là que la vraie connexion se crée. Pas pendant l’action. Après.
Et pour les rencontres en ligne plus “ciblées”, vers quoi se tourner?
En plus des généralistes québécois comme SexeQuebec.ca, il existe des plateformes internationales comme FetLife, qui est un réseau social pour passionnés de BDSM et fétichistes. C’est pas vraiment un site de rencontre, mais un endroit pour trouver des événements, des groupes et des discussions près de chez toi. C’est là que tu vas voir les events du LAB ou des Rendez-vous cordiaux annoncés. C’est l’annuaire, le lieu de rassemblement virtuel. Crée-toi un profil, mets une photo discrète si t’es gêné, et regarde ce qui se passe dans un rayon de 50km. Tu risques d’être surpris du nombre de groupes et de personnes autour de Québec.
Et pour le dating plus “vanille mais ouvert”? Des applis comme OKCupid permettent de mettre des préférences et des réponses à des questions sur le BDSM, ce qui est plus subtil que d’écrire “Dom 45 ans” dans sa bio Tinder. Ça permet de filtrer et de trouver des gens qui sont au moins curieux, sans que ce soit l’unique critère. Parce qu’au final, on cherche une personne, pas juste une pratique. Non?
La question à 100 piasses: est-ce que quelqu’un de Saint-Augustin va me croiser là-bas?

Honnêtement? C’est possible. Le monde est petit. Mais c’est précisément ça, la beauté de la chose. Parce que si tu croises ton voisin au LAB ou à un atelier de shibari, vous êtes là pour la même raison. Vous avez tous les deux fait le pas. Vous avez tous les deux cette part de vous qui cherche à explorer. Le regard que tu portes sur lui à l’épicerie le lendemain, il change. Y’a une complicité silencieuse, un respect mutuel. “Toi aussi, tu sais.”
Et ça, c’est puissant. Ça brise l’isolement. Ça transforme une ville dortoir en un point de départ pour des connexions profondes. J’ai passé des années à étudier pourquoi on fuit l’intimité. Pis je pense que c’est parce qu’on a peur d’être vu. Mais quand tu te montres, vulnérable, dans un cadre qui te protège, avec des cordes ou sans, le résultat, c’est pas la peur. C’est la liberté. Crissement liberté. Pis ça, ça s’trouve pas dans un char neuf chez le concessionnaire. Ça s’trouve dans le regard de l’autre quand il te fait confiance.
Alors voilà. La prochaine fois que tu te demandes s’il y a une vie après le train-train à Saint-Augustin, souviens-toi qu’à 20 minutes, y’a tout un monde qui t’attend pour discuter, apprendre, et explorer. En sécurité. Avec du monde ben ordinaire, qui ont juste une libido un peu plus active et une imagination un peu plus débordante. Des gens comme toi. Comme moi. Des gens d’ici.